IMPRESSIONS D’ARGENTINE

Compte rendu de la réunion-débat  avec Jean-Claude VICARIN

 

 

LE MARDI 10 février, Jean-Claude Vicarini, ancien chargé de mission à la DATAR et vice-président de Telecom Argentina de 1992 à 2000, a animé un colloque, organisé par le Cercle pour l’aménagement du Territoire, sur l’Argentine. Un grand pays aux multiples facettes, doté de réels atouts, mais qui se débat depuis plus d’un demi-siècle dans des cri­ses économiques à répétition qui l’appauvrissent. Parviendra-t-il à renouer avec une croissance forte et solide, à remotiver une population désabusée et résignée ? Des ques­tions actuellement sans réponse.

Avec une superficie qui repré­sente cinq fois celle de la France, l’Argentine est un pays à la fois très urbanisé et très agricole, rap­pelle d’entrée de jeu Jean-Claude Vicarini. Ses 37 millions d’habitants sont répartis entre de très grandes métropoles, comme Buenos Aires, Cordoba, Rosario, ou disséminés dans la pampa. Sur ces terres fertiles, ensoleillées et bien arrosées, paissent 55 millions de bovins, qui ont fait la fortune du pays. Gros producteur de fruits et de vins, notamment dans la région de Mendoza, l’Argentine dispose également d’une industrie de la pê­che florissante, grâce aux investis­sements des Japonais, des Coréens et des Espagnols, le long de l’Océan Atlantique. Producteur de pétrole, disposant de réserves minières importantes (beaucoup de gaz), le pays pâtit toutefois de son éloignement des centres décision­nels et stratégiques. Situé à 13 heu­res d’avion de Paris, et 11 de New York, il ne peut se connecter sur la grande industrie mondiale du tou­risme. Ses attraits tiennent à ses sites naturels fabuleux (chutes d’Igasu, Cordillère des Andes, gla­ciers du Sud comme le « Perito Moreno », péninsule de Mendes, réputée pour ses baleines), malheu­reusement très distants les uns des autres. Les périodes propices aux visites, différentes d’un endroit à un autre, ne facilitent pas non plus les circuits organisés. Les stations de sport d’hiver, développées dans les Andes par les promoteurs des Arcs en France, sont elles aussi trop excentrées. Quant aux 500 ki­lomètres de côtes, ils n’incitent guère à la baignade en raison de leur température qui avoisine les 18°.

Lorsqu’il arrive en 1992 pour prendre la vice-présidence fran­çaise de Telecom Argentina, une société acquise conjointement par Telefonica Italia et France Telecom, Jean-Claude Vicarini dé­couvre un pays sinistré, sans argent et où les investisseurs se font rares. Beaucoup de centraux téléphoni­ques ont plus de soixante ans. Les abonnés, souvent en panne, doivent patienter six mois avant de voir leur installation réparée. Très mé­fiant quant au fonctionnement glo­bal du système, il appelle en renfort un spécialiste des réseaux qui n’aura besoin que d’une heure par abonné pour remettre en marche quelques-unes des lignes en panne depuis plus de six mois ! Cet exemple est significatif du com­portement des Argentins. Il est très difficile de repérer tout de suite les informations mensongères et erro­nées qui circulent, explique Jean-Claude Vicarini, qui œuvre en pa­rallèle pour renforcer l’équipement de l’Argentine dans le secteur. En 1998, 7,5 millions de lignes fixes étaient en service, et fin 1999, on dénombrait 3 millions de portables. Les télécommunications ne sont pas les seules à être privatisées pendant cette période. La produc­tion d’électricité est privatisée en 1992 et les Chiliens qui avaient obtenu la centrale thermique de Buenos Aires purent en moins de trois mois venir à bout des tradi­tionnelles coupures de courant. Les chemins de fer, privatisés en 1996, retrouvent eux aussi leur efficacité. Les trains arrivent à l’heure, et les horaires ne varient plus d’un jour à l’autre. Presque un exploit, ironise Jean-Claude Vicarini, qui reproche notamment aux Argentins leur manque de vi­sion stratégique et de fiabilité.

Le monde politique souffre des mêmes maux. Lors de la vente de Telecom Argentina, le gouverne­ment avait promis une réforme des tarifs, incluant des augmentations substantielles. Or, il a fallu batailler six ans avant de l’obtenir. La déci­sion ayant été attaquée en justice, puis jugée anti-constitu­tionnelle, il a fallu mena­cer de partir. Et devant ce bras de fer, la Cour Su­prême a finalement autorisé le dé­cret du gouvernement, mais on a frôlé la catastro­phe, souligne Jean-Claude Vicarini. Les Argentins, qui ont subi moult dévaluations, vivent également dans la hantise de la banqueroute. Aussi, dès qu’une crise financière éclate dans un pays, et même si ce dernier n’entretient aucune relation parti­culière avec l’Argentine, les consé­quences en sont énormes. En 1995, lors de la crise mexicaine les Argentins ont retiré leurs avoirs bancaires et la vie économique s’est pratiquement arrêtée pendant plusieurs mois. En 1997, lors de la crise russe, les Argentins ont stoppé leurs investissements en cours pour "rester liquide". Depuis 1953 et le départ de Peron, l’Argentine ne parvient pas à éli­miner les démons qui la rongent. Après le retour au pouvoir du vieux leader en 1973, et sa mort quelques mois plus tard, son épouse Isabellita prend sa succession, mais cet épisode se termine en désastre. La bourgeoisie, affolée par le chaos qui prévaut, appelle en 1976 la dictature militaire pour remettre de l’ordre. Après la défaite des Malouines, la démocratie réappa­raît avec Alfonsin, mais l’économie s’écroule, avec un taux d’inflation qui s’envole à plus de 3000% par an. Carlos Menem, ac­cueilli comme un sauveur en 1989, réussit à redresser le pays à partir de 1991 et à éviter le pire lors des deux cri­ses évoquées plus haut. Malheureu­sement son successeur, Fernando de la Rua, perd peu à peu tout cré­dit et il démissionne à la fin de 2001, laissant le pays dans une si­tuation catastrophique. L’actuel président Nestor Kirchner main­tient son autorité en s’opposant au FMI mais il isole son pays et ses meilleurs soutiens sont le Brésil de Lula, le Venezuela de Chavez et Cuba. L’Etat est aujourd’hui en cessation de paiement et les entre­prises ne remboursent plus leurs dettes, observe Jean-Claude Vicarini. Seule petite note d’optimisme, le tourisme attire à nouveau et les jeunes, soucieux de reconstruire leur pays, font preuve de plus de dynamisme. Une nou­velle religion du travail est peut-être en train de s’amorcer, seul réel espoir pour l’Argentine…

Compte rendu établi par Marie-Clotilde Hingray

 

Carte d'identité de l'Argentine

Population : 38 millions hts

Superficie : 2 770 000 km²

Densité : 13 hab /km2.

Capitale : Buenos Aires.

Religion : catholique (plus de 92%)

                        

Langue : espagnol (castellano) parlé par 100 % de la population (nom­breuses langues indigènes : quechua au Nord-Ouest, guarani
au Nord-Est).

Monnaie : peso (1 € = 3,3 $Ar).

                   

Régime : démocratie présidentielle.

Chef d'État : Nestor Kirchner (élu en mai 2003).

Emblème du pays : le ceibo, (fleur rouge). Drapeau bleu et blanc avec un soleil en son centre.

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