Zone de Texte: Éditorial
 

 

 

 

 

La Datar vient de fêter ses 40 ans. Et de les fêter de grande façon à la Sorbonne. Les discours, les exposés, les débats que nous avons pu entendre en cette grande occasion nous ont tous confortés dans l’idée que les réflexions que mène le Cercle sont d’une actualité motivante : elles contribuent utilement à l’indispensable prise en compte de la dimension « aménagement du territoire » par tous les acteurs de la vie économique comme de la vie sociale, et ce tant au niveau français qu’au niveau européen.

Le Cercle, c’est à la fois une mémoire, mémoire de la Datar, mémoire de l’amé-nagement du territoire, une diversité particulièrement riche d’éclairages sur le présent, du fait de la grande diversité de ses membres, et une capacité aux facettes tout aussi multiples d’organiser des réflexions prospectives ou de contribuer aux grands débats préalables à l’élaboration de politiques et de décisions aussi fondamentales que celles, actuelles, de la décentralisation.

Notre assemblée générale annuelle, qui s’est tenue le 24 février dernier et dont l’invité d’honneur était Nicolas Jacquet, Délégué à l’Aménagement du Territoire et à l’Action Régionale, en a été une excellente illustration.

Penser l’avenir avec une pensée d’avance, prendre en compte les grandes mutations actuelles de notre société et de notre économie, qu’elles soient d’origine externe (l’internationalisation de l’économie, l’accélération des cycles, l’élargissement de l’Europe) ou qu’elles résultent de mutations internes (les nouvelles économies résidentielles, la mobilité, le vieillissement de la population), telles doivent être, pour Nicolas Jacquet, les lignes directrices de l’aménagement du territoire dans les prochaines années. Et le décentralisation, dans ce contexte, doit viser à en brasser les cartes, à aller vers ce qui aide à créer de la richesse (et
 

non plu seulement à répartir ou à corriger), à dépasser le seul niveau franco-français en préparant nos territoires à l’élargissement de l’Europe.

Le riche débat qui suivit l’exposé du Délégué, tout comme cette Lettre du Cercle n°17, témoignent, si besoin en était, de la passion qui nous anime tous. A vos claviers, les colonnes de la Lettre 18 sont à vous !      

Hervé NORA

 

 

 

 
Zone de Texte: Sommaire
• Éditorial	1
• Compte rendu du débat   sur la décentralisation	2
• Débat sur la décentralisationFrançois Essig	2
• L’étalement periurbain,  hier et demainPhilippe Bosseau 	5
• L’avenir des services publicsPhilippe Bosseau	6
• Aménagement du territoire : pour  une participation du citoyenPhilippe Bosseau	6
• Le débat interditLoeiz Laurent	7
• L’annexion de l’Alsace et de l’Est  de la Lorraine à l’Allemagne en 1871  et ses conséquencesJean Marbach	11
• Hommages	15
• Le Cercle pour l’Aménagement   du Territoire	16
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 

 

 

 

 

 


DEBAT SUR LA DECENTRALISATION

 

François Essig

 

Le texte ci-dessous reprend l’exposé oral particulièrement vivant de François Essig. Sa forme diffère donc de celle plus « rédigée » d’un article écrit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dernier point fondamental, enfin : comment éviter le « décrochement » des régions les moins riches ? Quel mécanisme financier nouveau de solidarité nationale va-t-il falloir instaurer ? Peut-on jouer sur la dotation globale dont les critères seraient totalement revus pour intégrer cette correction d’inégalité ? Peut-on imaginer un fond de solidarité régionale alimentée par les régions les plus riches pour assurer le rattrapage des autres ?

Là encore, le débat est ouvert.

4. Décentralisation et niveaux d’administration locale.

Là aussi, nous nous distinguons par rapport à nos voisins européens, notamment du fait de notre empilement des structures d’administration. En 1963, à mon entrée à la DATAR, il y avait 89 départements et 36 000 communes. Aujourd’hui, la France administrative est composée de 21 régions, une centaine de départements, toujours 36 000 communes, et des structures intercommunales qui ont fini par déboucher : communautés urbaines, communautés d’agglomération, structures inter-communales de pays, etc.

Cet empilement s’est développé sans que les nouveaux échelons aient pu absorber ni même coordonner, voire simplement  orienter les échelons inférieurs :

• des régions petites et aux moyens et compétences limités (surtout comparées à leurs homologues Allemands, Italiens ou Espagnols), face à des départements aux fondements historiques solides et disposant de moyens financiers importants leur permettant, par exemple, de financer de grands équipements structurants tels que le  Futuroscope ou  Vatry (à chaque fois 200 M€, sinon plus)

• des structures intercommunales qui n’ont pas la légitimité démocratique de l’élection au suffrage universel direct face à des villes avec un fondement historique et sociologique solide. (d’où les difficultés qui surgissent lorsque le Président de la Communauté Urbaine ou d’agglomération n’est pas en même temps maire de la Ville centrale).

Les questions fondamentales qui se posent sont alors les suivantes :

• peut-on, au début du 21ème siècle, remettre en cause un de nos échelons d’administration ?

• le droit «expérimental » au regroupement volontaire qui est inscrit dans les projets sera-t-il suffisant pour faire avancer l’idée de grandes régions ?

La structure idéalisée par quelques géographes, intellectuels ou technocrates avec deux échelons - des grandes régions et des puissants
 

regroupements intercommunaux – a-t-elle une quelconque chance d’avenir ?

Toutes questions qui constituent une belle illustration du thème révolution versus évolution.

Voilà un tableau - je ne sais pas s’il est impressionniste, cubiste ou surréaliste – qui n’a eu pour seul objectif de faire ressortir l’ampleur du chantier – des chantiers plutôt - sur le sujet

Au lendemain du 21 avril, je me suis dit que notre pays avait besoin d’un grand courant d’air pour retrouver le moral. J’ai pensé alors que la décentralisation serait une bonne solution pour répondre à la demande que je croyais formulée : réforme de l’Etat, débureaucratisation, réouverture du dialogue social, gestion de proximité et participation plus démocratique des citoyens.

En voyant le Premier ministre en faire sa priorité personnelle, je me suis dit qu’il répondait bien à la demande.

Force est de constater aujourd’hui que le débat s’enlise dans les obstacles et les prudences que j’ai décrits.

Aucun souffle ne passe dans les débats parlementaires et l’explication qui est donnée est que le bon peuple des citoyens électeurs ne serait pas du tout intéressé par le sujet.

Faut-il mettre en cause la méthode ? Quand on n’est pas d’accord sur le fond, on conteste toujours la méthode.

Dans l’appel aux candidats à la Présidence de la République, nous avions proposé le modèle de la Convention sur l’Avenir de l’Europe pour permettre aux citoyens, à l’issue d’un débat démocratique, d’en valider les conclusions en leur soumettant un projet de loi-cadre référendaire.

La méthode retenue par le Premier ministre a été celles des assises régionales. Honnêtement je ne sais pas quels échos elles ont eu. Il est sûr en tout cas que l’écho n’est pas remonté au niveau national ni dans la presse nationale.

Je reste optimiste. J’ai dit que la décentralisation - révolution était nécessaire. Ne pensons pas révolution silencieuse : il y aura toujours un héritier de M. Debré pour défendre les valeurs d’une France «une et indivisible » - des valeurs qui sont dignes d’écoute et qui doivent être méditées. Pensons plutôt révolution continue : nous avons 5 ans devant nous !

FE

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Tribune libre - Libres opinions

 

 


Préambule

 

C’est une tradition de la Lettre du Cercle, certaines « Tribune libre », certains « Libres propos » suscitent des commentaires, des réactions, parfois même un véritable débat. Cette tradition est tout à fait conforme à l’esprit, à la vocation du Cercle, qui est d’être, entre autres, un lieu d’échange d’idées entre ceux que réunit la conviction de l’actualité de l’aménagement du territoire. Et qui cherchent à mettre leur diversité au service des acteurs de cette politique.

Trois des articles de la Lettre n°16 sont dans ce cas. Nous vous invitons à lire trois contributions de Philippe Bosseau, et vous encourageons à suivre son exemple.

Par ailleurs vous lirez également « le débat interdit », réaction de Loeiz Laurent à une question de la salle posée lors des quarante ans de la DATAR !

 

 


L’ETALEMENT PERIURBAIN : HIER ET DEMAIN

 

Philippe Bosseau

L’homme est reconnu pour être un animal social. Il vit en groupe autour du foyer. L’évolution a montré quelques cas d’isolements plus ou moins volontaires. Elle a surtout montré une différence d’occupation de l’espace en fonction de l’organisation sociale du moment et ceci presque en tous lieux.

Notre société égalitariste impose un modèle, de forme égalitaire bien sûr à chacun de nous pour une occupation soi-disant équitable de l’espace suivant des règles de plus en plus uniformes, touffues, souvent contestables que ce soit pour habiter, travailler, se détendre ou bien simplement vivre. Qui peut contester ?

On ne part pas de rien. Tout le monde naît quelque part, l’homme n’est pas forcément statique, il tend à le devenir avec l’age, l’emploi, la vie.

En fait, tout est mouvement et le groupe doit pouvoir s’adapter. Des hameaux, des villages, des villes ont disparu ; ils ont tous au moins évolué. Faut-il pleurer, ne regarder que le passé, ne pas voir l’avenir.

À long terme, c’est l’organisation même du travail, de l’activité qui va évoluer et induira des modes d’occupation d’espaces propres à de nouvelles fonctions. L’habitat lui aussi évoluera avec une constante peut être plus forte : celle du foyer qui a encore un bel avenir..

À court terme, on étale n’importe où, n’importe comment, en zone inondable, sur couloirs d’avalanche, sans souci de la nappe phréatique, de l’orientation, des courants d’air, de l’altimétrie. On allonge les distances entre les différentes fonctions humaines.

On ne casse pas : on conserve. On n’aménage pas : on réhabilite. On sectarise, on ségrégationne. On ne hiérarchise pas, on égalise. On dé-densifie. On éloigne les hommes les uns
 

des autres. On éloigne les services de l’habitat. On éloigne l’activité de l’habitat. A chacun son petit coin, à chacun sa petite part de bonheur individuel. On prône la maison individuelle comme nec plus ultra du mode de vie et de la manifestation visible de réussite sociale. Ca dépend où mais à chacun son snobisme. On condamne parallèlement l’usage de la voiture individuelle sans pour autant faire ce qu’il faut pour le transport en commun. On loue, on achète. De toutes façons on s’endette. On prône la mobilité, sans dire vers où et pourquoi : tout va si vite !

Et si on rapprochait tout le monde et si la ville redevenait une ville, le village, un village A l’échelle humaine qui est aussi grande vaste et généreuse.

Et si on densifiait pour le brassage, la confrontation, l’expression, le dialogue, le contact, la connaissance et le respect de l’autre ; pour construire une vie sociale.

Et si on construisait sur ce qui existe, en ne conservant que le nécessaire pour l’histoire.

Et si on construisait en hauteur avec harmonie et diversité des formes et des fonctions imbriquées les unes dans les autres.

Et si on construisait là où ça sert à l’homme. Aucune flore, aucune faune ne peut avoir la valeur d’une vie humaine.

Et si on construisait pour l’homme, pour qu’il soit bien dans sa vie, dans son temps, dans son ouvrage.

Ainsi, peut être, pour l’avenir nous laisserons nous aussi à la postérité, des joyaux pénétrés de valeurs humaines comme ceux que nous ont laissés nos anciens et que la nature nous a laissé faire.

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


L’avenir des services publics

 

Philippe Bosseau

 

D’abord, oui, les services publics, les services et le public ont un avenir.

Mais de quoi parle-t-on ?

Les services, qu’est-ce que c’est ? le public, qu’est-ce que c’est ?

Les définitions déjà nous renseignent. Attention : elles varient dans le temps, suivant les lieux où elles sont produites, suivant les sociétés qui les élaborent.

Pour nous aujourd’hui :

Servir, c’est l’action de servir. C’est donner, verser, distribuer, mais aussi vendre ; c’est être utile, aider, secourir, se dévouer, mais aussi user et prendre. C’est l’astreinte, l’engagement et le concours, la collaboration, le bienfait. C’est assister et être à disposition.

Public, c’est relatif aux peuples, à la masse, à tout le monde. C’est commun, connu de tous, opposable à tous. C’est aussi authentique, notoire, solennel. C’est l’Etat, l’autorité.

Alors service : c’est l’homme qui donne, c’est le
 

groupe qui reçoit.

Tout n’est-il pas question d’équilibre. Il s’agit de l’organiser.

Et puis, le privé, l’homme est-il opposé au public, au groupe ?

Le privé, le public sont complémentaires. La nature instable de leur relation est à corriger sans cesse, c’est le travail des clercs. Ni trop publics, ni trop privés, ils proposent, ils conceptualisent.

Ils définissent clairement et simplement le service public qui est une expression de la richesse des rapports sociaux à un moment déterminé de l’évolution humaine, en sachant que l’homme travaille toujours pour l’homme, pour le meilleur et pour le pire. Ils remettent sans cesse sur le métier leur ouvrage livré à l’approbation de la société dans laquelle ils vivent et dont les représentants doivent assumer leurs propres responsabilités en prenant les décisions qui s’imposent à eux, à leur conscience.

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


AMENAGEMENT DU TERRITOIRE : POUR UNE PARTICIPATION DU CITOYEN

 

Philippe Bosseau

 

Depuis toujours le citoyen participe à l’amé-nagement du territoire. Il l’a même façonné parfois, maîtrisé souvent, avec ses sciences, ses techniques, son art. Il en a fait des splendeurs, des merveilles, en fonction du temps, de ses croyances, de ses rêves et de ses craintes. Avant le livre, l’aménagement du territoire, l’architecture, est notre mémoire.

Depuis toujours, il regarde, il juge, il tranche : il vit. Son monde est un vaste théâtre avec unité de temps, de lieu, d’action.

Depuis toujours le pouvoir qui a toujours besoin de lui, sous tous les régimes, sous toutes les latitudes et de tous temps, le laisse faire, l’utilise. Les règles qui régissent l’aménagement ont toujours eu pour but l’impôt : la marque du pouvoir. L’art de bâtir existe aussi. Après !

Depuis si longtemps qu’il participe, ce que le monde doit être beau !

Et bien oui, il est beau ! Il est très beau car tout continue de bouger, tout remue, tout évolue. Le fils ne fait pas tout à fait comme le père, mais il
 

fait. Le jeune plein de certitude s’affirme. Il veut, il exige. Il a. L’adulte tente d’assumer, fait, produit, progresse puis finit par savoir qu’il ne sait rien, qu’il n’a rien, qu’il n’est rien. Au suivant.

C’est un perpétuel recommencement dans une nature qui se renouvelle sans cesse. La vie est un éternel mouvement.

Alors, bien sûr, que la concertation est démocratique, elle est bien sûr bénéfique.

Mais l’idée, le concept, le génie humain ?

Et puis la concertation c’est aussi la manipulation, la démagogie, une certaine exploitation de l’homme par l’homme.

Si le citoyen est, aujourd’hui, plus conscient, mieux informé, plus réactif, il est mieux conditionné.

Et si c’était la responsabilité de chacun des élus, des représentants du peuple qui se diluait dans la concertation.

Maintenant que la politique est un métier à part entière, avec ses salaires, ses congés, ses primes et ses retraites, il lui faut des clients.

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et quoi de mieux que la troupe » citoyenne » pour former les bataillons de participants à des combats singuliers. Pauvres esclaves modernes majoritairement salariés aux ordres de leurs collègues patrons qui n’en sont pas et qui font et défont la pelote que leur servent leurs alliés objectifs : les politiques.

Où se situe l’intérêt général ? Mais où sont les clercs ?

La concertation est démocratique quand les participants assument réellement une réelle représentation.

La concertation est démocratique quand l’exposé des motifs est simple, clair, complet et compréhensible par tous.

La concertation est bénéfique car elle peut faire comprendre aux participants la complexité du sujet, la difficulté des choix en permettant le dialogue, l’échange.

La concertation est bénéfique quand elle est reçue comme une composante décisionnelle dont on connaît les responsables.

La concertation est bénéfique car elle montre la valeur des idées, des concepts qui déterminent des options de vie. Elle éclaire un sujet, ouvre l’esprit et fait rêver.

Alors, fallait-il une concertation pour réaliser la tour Eiffel, le Mont-Saint-Michel, le canal de Suez, les immeubles hausmaniens ?

 

L’homme a peur du changement, de l’évolution, mais il aime ce qu’il fabrique.

Une petite touche personnelle : pour une association caritative bien connue, j’ai consulté plus d’une cinquantaine de municipalités, grandes et petites, de droite et de gauche, pour y construire des logements pour les plus démunis. Après concertation, les maires, tous les maires, ont refusé de pareilles constructions sur leur territoire communal.

Le logement des pauvres, oui, mais ailleurs.

N’exploitons pas ce qui peut rendre l’homme mauvais, sachons lui proposer ce qu’il peut accepter pour vivre et pour rêver.

 
Zone de Texte: Petite note biographique sur l’auteur :
Architecte urbaniste. Élu dans les Yvelines. Élu professionnel. Président d’une association reconnue d’utilité publique.
Principales réalisations : Zones d’aména-gement à Issy-les-Moulineaux, à Saint-Maur-des-Fossés, à Joinville-le-Pont, à Magny-en-Vexin, à Goussainville, etc., etc. 
Constructions publiques : lycées, collèges, écoles primaires et maternelles, logements sociaux ;
 Constructions privées : sièges sociaux, immeubles d’activités, de bureaux, logements. Études : côte Nord Est du Brésil, Fort Myers Floride USA. Centre ville de Lomé au Tchad. La rue et le tissu urbain.
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Le débat interdit

Loeiz Laurent

 

Engageant une vaste consultation informelle avant le référendum de 1969 sur la régionalisation, le général de Gaulle souhaite voir posée aux Français la question du maintien du département face aux régions. Il est censuré par ses ministres.

En 2003, lors de la célébration des quarante ans de la Datar, une question venue de la salle porte sur l’excessif empilement des niveaux de fiscalité en France. Un étrange rire nerveux saisit alors la tribune ; puis la réponse vient, inchangée
 

depuis trente ans alors que le mal n’a fait qu’empirer : c’est pour Serge Antoine la nécessité réaffirmée de revoir la fiscalité locale, pour Alain Fauroux la clari-fication des compétences, pour Jérôme Monod la fin des financements croisés.

Il faut en être pourtant conscient : on ne saurait mettre le vin nouveau des réformes dans nos vieilles outres territoriales. Tant que les élus et l’Etat étaient présents partout, les élus par cumul des mandats, l’Etat par mise en
 

tutelle des communes, départements et régions, l’on pouvait se satisfaire d’espaces inadéquats, c’est-à-dire ignorant les étroites solidarités liant à jamais la ville et la campagne. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

300 bassins de vie

Qu’ils soient lycéens, actifs non agricoles ou tireurs de caddies sur les parkings d’hypermarchés, la vie quoti-dienne des Français s’inscrit aujourd’hui dans quelques 300 bassins de vie ayant la
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Histoire et Aménagement du Territoire

 

 

 

 


L’annexion de l’Alsace et de l’Est de la Lorraine à l’Allemagne en 1871

et ses conséquences

Jean Marbach

 

L’Alsace indubitablement et la Lorraine pour partie, sont de langage alémanique et au sens large, de culture rhénane allemande.

Elles ont été rattachées à la France, après beaucoup de vicissitudes, entre le XVIème et le XVIIIème siècles : les 3 évêchés de Lorraine (Metz, Toul et Verdun) d’abord, puis l’Alsace et enfin le duché de Lorraine.

Elles ont participé aux événements de la révolution française, quoique considérées comme des provinces extérieures, des « marches ».

La défaite de 1870 et l’annexion à l’Allemagne de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine

Lors de la recréation de l’Empire allemand, Bismarck visait la reconquête des pro-vinces de l’Est de la France, considérées comme de culture alémanique. Après la défaite de Sedan, le rattachement a été acté au traité de Francfort en 1871, malgré les protes-tations unanimes des députés d’Alsace-Lorraine.

A ce stade il faut distinguer l’Alsace et la Lorraine :

• L’Alsace était totalement concernée ; il faut noter toutefois que si le dialecte alsacien est parlé dans toute la province et au-delà (Sud de la Moselle), des diffé-rences fortes de pronon-ciation, voire de vocabulaire existent entre le parler du Nord, celui de Strasbourg, celui de la
 

moyenne Alsace et celui du Sud, qui se rapproche du parler suisse alémanique.

• La Lorraine intéressait l’Allemagne, certes par son appartenance linguistique, encore qu’elle soit « compar-timentée » (dialecte alsacien au Sud, fränkisch au Nord et au Nord-Est, dialecte luxem-bourgeois au Nord-Ouest, langue française au Sud-Ouest), mais aussi et surtout par ses ressources indus-trielles (mines de charbon et de fer). La nouvelle délimi-tation intégrait à l’Allemagne évidemment le bassin houiller mosellan à l’Est, mais aussi à l’Ouest le périmètre connu des mines de fer ; par la suite d’autres gisements ont été découverts encore plus à l’Ouest, non annexé. Il en résulte, en remplacement des anciens départements de Moselle et de Meurthe, un découpage départemental original pour le nouveau dé-partement créé à l’Ouest de la frontière : la Meurthe-et-Moselle est constituée d’une partie Sud étendue et d’un long couloir étroit au Nord, qui borde le département de la Moselle, constitué en 1918 des anciens territoires de Lorraine annexés par l’Alle-magne.

 

Les conséquences en termes de peuplement

Une émigration massive a résulté de cette annexion, notamment vers la France de « l’intérieur », (Lorraine française, Belfort, Paris, la Normandie…) et l’Algérie : on estime les dé-parts à 250 000
 

Alsaciens et sans doute presque autant de Lorrains.

Un repeuplement germanique important s’est fait en Alsace, mais surtout en Lorraine industrielle, avec des immigrants souvent prussiens : Metz, ville de langue française, est devenue de langue alle-mande, mais ville de garnison elle reste.

 

Les modalités de l’admi-nistration allemande

 

La scolarité fut rendue obli-gatoire, mais le bilinguisme strictement interdit. Le service militaire dans l’armée alle-mande fut également rendu obligatoire.

Les provinces annexées furent d’abord directement administrées de Berlin, puis par l’intermédiaire d’un « Statthalter » (gouverneur) de ces régions d’Empire (Reichsländer). Mais les élus alsaciens et lorrains au Reich-stag constituèrent un parti protestataire en vue d’une province autonome, avec l’idée sous-jacente d’un rattachement
à la France. Certes une constitution fut octroyée avec un gouvernement propre (1879), puis avec un Parlement composé de 2 Chambres (1911). Cependant la résistance à la germanisation se poursuivit : livres du pasteur Oberlé, livre de Fritsch « une enfance lorraine », albums satiriques de Hansi…

Il faut noter néanmoins que les deux provinces participèrent à l’essor économique de l’Alle-magne et de ses marchés en Europe centrale : industries textiles et potasse au Sud de l’Alsace, industries mécaniques au
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nord de l’Alsace et surtout développement de la sidé-rurgie et de l’extraction du charbon en Moselle.

L’extension et l’embellissement des villes résultent d’une volonté politique clairement énoncée (voir infra pour les opérations les plus signifi-catives).

Par ailleurs ces provinces bénéficièrent des lois sociales que Bismarck promulgua dans les années 1880-1890 pour contenir la social-démocratie : caisses d’assurance maladie, caisses d’assurance contre
les accidents du travail, puis instauration de l’assurance-vieillesse.

A ne pas omettre une parenté certaine entre les églises luthériennes alsaciennes (po-pulation protestante majoritaire) et allemandes, la langue du culte étant à l’évidence l’alle-mand.

La guerre de 1914-1918

 

L’Alsace et la Lorraine furent des enjeux majeurs de la 1ère guerre mondiale. L’Alsace du Sud et les Vosges étaient sur la ligne de front (cf. notamment les cimetières militaires du Hartmanswillerkopf ou Vieil Armand) Une nouvelle vague d’émigration des hommes devant être incorporés se fit vers la France : il y aurait eu en Alsace-Lorraine 8 000 engagés volontaires dans l’armée allemande et près de 18 000 dans l’armée française ; toutefois 250 000 furent incorporés dans l’armée allemande. Et combien de familles eurent l’un des leurs dans un camp et un autre en face, avec la crainte d’une tuerie entre frères (cf. le téléfilm « les deux Mathilde » et le livre de L. Fritsch « une enfance lorraine »).

L’entre-deux guerres
(1918-1939)

A la victoire les troupes fran-
 

çaises furent accueillies avec enthousiasme dans les deux provinces revenues dans le giron français. Simultanément 110 000 habitants d’origine allemande furent expulsés, dans des conditions souvent déplorables (cf. dessins satiriques de Hansi).

Mais des désillusions se firent vite jour :

- une francisation forcenée fut menée par les nouvelles autorités administratives ;

- les habitants des deux régions furent toujours considérés comme des simili Allemands ;

- ayant acquis une certaine autonomie dans l’Empire, ceux-ci s’attendaient à ce que la France confirme leur situation particulière, voire en étende les modalités ; or la centralisation française s’appliqua rigoureusement aux provinces réintégrées, malgré le maintien de certaines spécificités (lois sociales, concordat…).

Il en résulta la naissance d’un courant autonomiste, certes minoritaire, germanophile.

La seconde guerre mondiale (1939-1945)

L’armistice de 1940 n’avait pas formulé de stipulations parti-culières pour les deux provinces, qui donc en principe restaient acquises à la France. Mais la réalité démentit rapidement ce principe qui était à plusieurs reprises mollement rappelé par le gouvernement de Vichy.

Les Alsaciens-Lorrains qui avaient été évacués en 1939 par la France par nécessité militaire dans une bande de 30 km à partir de la frontière (environ 50% de la population), vers les régions du centre de la France (Lyon, Clermont-Ferrand) et du Sud-Ouest (Dordogne principalement),
 

avec un accueil quelquefois peu chaleureux, furent rapidement ramenés, avec les honneurs et des indemnités importantes dans leurs provinces, dont les bâtiments et infrastructures détruits furent rapidement remis en état ; les prisonniers fran-çais de même origine furent également « libérés » et rapatriés, quoiqu’un assez grand nombre des uns et des autres décidât de rester sur place. C’était la phase de l’opération séduction

Par contre de nombreux habitants « suspects » furent expulsés ou empêchés de rentrer (105 000) ; les juifs furent d’office expulsés et leurs biens confisqués.

Des campagnes de germani-sation à outrance furent menées : interdiction absolue de la langue française, recyclage des enseignants nommés d’office en Pays de Bade. Trois Gauleiters (gouverneurs) furent nommés respectivement pour l’Alsace, la Lorraine et le Luxembourg : celui-ci fut traité comme les deux autres provinces de l’Est, contrairement à la première guerre mondiale. Mais l’op-pression totalitaire nazie se fit de plus en plus dure et la préparation à la germanisation s’accéléra : L’encadrement nazi fut supérieur à celui des régions allemandes voisines : 10.665 « Blocks » ou cellules furent mis en place pour contrôler, surveiller et dénoncer la population suspecte de francophilie.

Pour favoriser l’intégration, on institua le 8 mai 1941 pour les jeunes, hommes et femmes, « l’Arbeitsdienst » (service du travail) à faire, hors des provinces annexées, avec la bêche considérée comme outil symbolique, pour une durée de 6 mois, reconductible par la suite. Cela diffère très sensiblement du STO (service de travail obligatoire pour les Français et habitants des
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

autres pays occupés) : en effet les jeunes des provinces annexées (8 classes d’âge garçons et 2 classes d’âge filles, soit environ 50 000 au total) étaient tenus de prêter «serment de fidélité inébranlable et d’obéissance absolue au Führer». Un nouveau pas fut franchi avec l’institution, le 2 janvier 1942 de l’obligation pour les jeunes adolescents d’adhérer aux « Hitlerjugend » et pour les filles aux « Bund deutscher Mädel »dont l’objectif était de «  former à la fois un futur militant et un futur soldat. », au moyen notamment de trois jours d’exercice par semaine : 150 000 jeunes furent concernés.

Puis, alors que leurs habitants n’étaient jusqu’alors pas considérés comme des citoyens allemands de plein droit, mais seulement comme « Volksdeutsche » (faisant partie du peuple allemand), les besoins d’effectifs pour les armées allemandes, en diffi-culté en Russie, suscitèrent les décisions du 25 août 1942,  malgré les réticences de plusieurs membres de l’état-major allemand vis-à-vis de la fiabilité des Alsaciens-Lorrains. Devant l’urgence, il fut décidé d’incorporer certaines classes d’âge, devenues d’office allemandes à part entière avec leur famille, dans l’armée alle-mande - et même dans les SS, sans aucun volontariat, mais sur la base de critères morphologiques et de condition physique - avec des menaces fortes, mises en œuvre à de nombreuses reprises, de déportation des intéressés et de leur  famille dans un camp de concentration (Struthof près de Schirmeck en Alsace, où un mémorial va être érigé, ou pire en Pologne) en cas de refus ou de fuite. Cela n’empêcha ni protestations ni désertions. Au Luxembourg l’annonce de
 

l’incorporation provoqua même une grève générale, qui fut durement réprimée.

Cette incorporation des « malgré nous » marque un tournant dans l’attitude de la population, devenue presque totalement résistante, au moins par voie passive. « Les Alsaciens sont les seuls Français à avoir l’expérience unique de notre histoire d’un régime totalitaire ayant prise sur tous les aspects de leur vie privée et de leur vie publique » (Eugène Riedweg « Les malgré nous » (1995).

On estime qu’il y eut 130 000 incorporés de force (100 000 Alsaciens et 30.000 Lorrains), dont 42 000 moururent en Russie (ils étaient enfermés pour la plupart avec les soldats de l’armée allemande dans le camp soviétique de sinistre mémoire de Tanbov), et 32 000 furent blessés. A noter qu’il n’y eut  que 2 100 volon-taires pour l’armée allemande, dont une grande majorité d’Allemands établis dans ces provinces.

Quant à l’adhésion nazie, elle n’a jamais rassemblé qu’une toute petite minorité d’Alsa-ciens : E. Riedweg estime le nombre d’adhérents par idéologie ou par intérêt à 10 000-20 000 personnes, soit 1-2% de la population.

Au total il y aurait eu pour
la seule Alsace 50 000 victimes, dont 5 000 Juifs.

Les acquis de l’annexion allemande

L’Alsace et la Lorraine anne-xées à l’Allemagne bénéficièrent, bien avant le reste de la France, des dispositifs d’assu-rance-maladie, vieillesse et accidents. Il en reste des régimes plus favorables aux  salariés.

Elles mirent également en place le système des centres d’apprentissage
 

particulièrement performants en Allemagne et que la France a encore actuellement du mal à valoriser. Enfin des dispositions particulières subsistent : exis-tence d’un livre foncier et versement, pour les extensions urbaines, de taxes détermi-nées selon des modalités particulières, étendues à l’ensemble de la France par la loi SRU de décembre 2000.

Par ailleurs grâce à leur scission avec la France, les dispositions de séparation de l’Etat et de l’Eglise de 1905 ne s’appliquent pas, le Concordat étant toujours en vigueur : le clergé est rémunéré par l’Etat et l’enseignement religieux fait partie des heures scolaires normales. (Cela avait été toutefois supprimé pendant la période nazie).

Enfin ces provinces ont bénéficié de la création de monuments et d’équipements majeurs, ainsi que d’ex-tensions urbaines dans leur orbite : à Strasbourg cons-truction du palais du Par-lement, création de l’Université et urbanisation des quartiers environnants dans le style de l’époque, abhorré après 1945 mais à nouveau très apprécié actuellement, création de parcs urbains, mise en place d’un réseau de  tramways… ; à Metz construction de la gare monumentale et des quartiers avoisinants, sur lesquels l’appréciation esthétique a varié en partie en fonction du contexte et des jugements socio-politiques de l’époque et est redevenue actuellement positive.

Les conséquences actuelles des bouleversements subis par ces provinces

L’un des constats majeurs, qui s’estompe avec le temps, est le changement de nationalité à quatre reprises pour une même génération avec les
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

traumatismes qui les a accompagnés : ni Allemands (ou au rabais) ni vraiment Français (considérés avec un certain mépris, compte tenu de leur accent et de leur difficulté à s’exprimer en français).

Le mal-être a été parti-culièrement vérifié dans les années 1945-1970 : « il est chic de parler français », mais on le parle mal ; les Alsaciens-Lorrains sont traités de « boches » ou de « schpuntz » par les Français « de l’intérieur », dont certains plaçaient encore récemment Strasbourg en Allemagne (affirmation portée par des membres de milieux cultivés dans une grande ville du Sud-Ouest en 1970). La langue allemande est abhorrée sauf à l’église et par les plus anciens ; par ailleurs les Allemands considèrent à raison que les Alsaciens prati-quent une langue allemande « petit nègre ». La double culture se rétablit néanmoins progressivement grâce à la télévision et à la réintroduction des cours d’allemand, dès les classes primaires, surtout à partir des années 1980.

Le malaise français a été largement aggravé par le massacre d’Oradour-sur-Glane où toute la population civile fut brûlée dans l’église du village, en représailles, par une unité SS dont faisaient partie quelques Alsaciens. Le procès de ce massacre, qui fut jugé à Bordeaux en 1948, fit consi-dérer par l’opinion française que les Alsaciens étaient en majorité des complices déli-bérés des atrocités nazies, dont les responsables en l’occurrence avaient disparu. Et les autres « malgré-nous » se turent.

L’une des réactions les plus positives des habitants de l’Est fut une ferveur très grande pour la construction de l’Eu-rope :
 

rôle majeur de Robert SCHUMAN, Lorrain mosellan, dans la mise en place du plan charbon-acier (CECA), localisation à Strasbourg du Conseil de l’Europe puis du Parlement européen…

Une autre conséquence fut en Alsace la défiance et le très faible succès du parti communiste, considéré comme totalitaire et responsable du non-retour ou des disparitions à Tanbov d’Alsaciens incorporés dans la Wehrmacht. Le succès électoral récent en Alsace des formations d’extrême droite est un paradoxe difficile à comprendre.

 

De nouveaux espoirs et horizons

Ainsi les deux provinces et régions d’Alsace et de Lorraine, marches-frontières, ont-elles été ballottées longtemps et écartelées entre les 2 grands pays voisins ; elles sont elles-mêmes coupées par des limites culturelles qui ne les ont pas incitées à mettre en commun leur potentiel, mais plutôt à exalter leurs différences et à aviver leurs anciennes rivalités.

L’horizon politique s’est éclairci avec le développement de la coopération franco-allemande dans le cadre de l’Union européenne et, dans un avenir proche, de l’élargissement de cette Union aux pays de l’Europe centrale, après la suppression du « rideau de fer » vers les années 90. Déjà  les régions de l’Est bénéficient ou vont bénéficier d’améliorations très conséquentes de leurs infrastructures, autoroutes, réseau ferroviaire à grande vitesse (travaux du TGV Est lancés, TGV Rhin-Rhône à l’étude) tant dans le sens Ouest-Est que Nord-Sud.

Il reste à tirer le meilleur fruit de ces liaisons et à promouvoir de nouvelles formes de
 

développement, moins basiques et plus immatérielles. A quel niveau et dans quel dispositif ?

Il faut constater que des stratégies supra-frontalières se sont fait jour et se concrétisent dans des espaces proches : relance récente de la démarche com-mune entre la Lorraine principalement du Nord, la Sarre et le Palatinat occidental, le Luxembourg et le Luxembourg belge ; partenariat entre Stras-bourg et le Bas-Rhin avec le Pays de Bade ; trinôme « Regio Basiliensis » entre Mulhouse, Bâle et Fribourg. Cela est positif et doit être encouragé et poursuivi.

Mais il reste des dissensions internes malgré la consécration des grandes collectivités territoriales, notamment des Régions par les lois de 1982. Tel est le cas en Lorraine pour Metz et Nancy, quelles qu’aient été les volontés de rapprochement affichées dans les années 65-70 au niveau national (la métropole lorraine) et certaines mesures fortes en découlant : rattachement de la Moselle à l’Académie de Nancy… En Alsace, province réputée pour sa cohésion et sa solidarité interne, les rivalités sont toujours fortes entre le Nord (le Bas-Rhin et Stras-bourg) et le Sud (Haut-Rhin avec Mulhouse et Colmar).

Des réflexions ont été réengagées récemment sous l’impulsion de la DATAR sur l’avenir du Grand Est français, mais probablement sans suites immédiates. On pourrait imaginer, sous l’égide des Etats concernés et avec la béné-diction et le soutien (program-mes Interreg) de l’Union européenne, la mise en place d’une instance de coordination à laquelle participeraient toutes les grandes collectivités terri-toriales, dont le rôle serait de
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

définir les orientations straté-giques de l’ancienne Lotharingie, de la vallée du Rhin (au sens large) et de la Franche-Comté : devraient y être abordés et traités les sujets majeurs, tels que le rôle respectif à donner pour le transit aux différents axes de transport Nord-Sud et Est-Ouest, les coopérations entre Universités et principaux Centres de recherche, les spécialisations relatives des grands équipements et mani-festations culturelles… Cela, bien entendu, en laissant se poursuivre et s’approfondir les projets de coopération locale, interrégionale et transfrontalière, dans les formations adéquates.

L’Est peut aspirer à un avenir prometteur, s’il sait et veut valoriser ses atouts, mettre en  commun ceux qui doivent l’être et dépasser les résistances et les inimitiés anciennes. Toutefois s’il est clair que l’histoire ne pousse pas à un rapprochement naturel entre Lorraine et Alsace par exemple, le système de gouvernance territorial français, constitué de « fiefs » super-posés, est sans doute également un frein important à des coopérations élargies.

JM

 

BIBLIOGRAPHIE

• Livres du Pasteur OBERLE

• L. FRITSCH : une enfance lorraine

• HANSI : albums

• Tomi UNGERER : L’Alsace en torts et de travers (1988) ;
   A la guerre comme à la guerre (1991) ; Mon Alsace (1997)

• Les deux Mathilde (série télévisée en deux épisodes)

• Eugène RIEDWEG : les malgré nous (éditions du Rhin
  1995)

• Saisons d’Alsace n° 121

• Dernières Nouvelles d’Alsace : l’incorporation de force,
  60 ans après : 6 pages d’enquête du 17/8/02 au 22/8/02

• Le Grand Est, contribution de l’Etat à de nouveaux enjeux
  stratégiques (MIIAT du Grand Est, DATAR Doc. Française
  2002)

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Hommages

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Zone de Texte: SERGE HERVE   
 
Le Président et les membres du Conseil d’administration du Cercle déplorent le décès de Serge Hervé qui était l’un des leurs depuis 1997. 
Serge Hervé nous a quitté en novembre dernier, à soixante-deux ans, peu de temps après avoir pris sa retraite du groupe Auguste Thouars.
Resté pleinement actif et dynamique, il avait fondé « Serge Hervé Conseil », et nous prodiguait en outre son aide pour la marche du Cercle.
Sa très brillante carrière à Auguste Thouars est exemplaire des perspectives qu’ouvrent aux jeunes les études de droit et « Sciences Po ».
Au-delà de sa réussite professionnelle, ses très nombreuses applications connexes, son appartenance au Rotary Club de Levallois ainsi qu’à plusieurs autres associations, dont notre Cercle, marquent bien l’intérêt et le dévouement qu’il consacrait à certaines grandes causes, celle de l’aménagement du territoire en particulier.
Que son épouse Monique et son fils Frédéric reçoivent avec ce bulletin les condoléances du Cercle pour l’Aménagement du Territoire.
Claude Rousseau
Zone de Texte: LE CERCLE POUR L’AMENAGEMENT DU TERRITOIRE

HISTORIQUE
Le Cercle est une association privée, régie par la loi de 1901. Il a été fondé en 1991 par Hélène Roger-Vasselin et Claude Rousseau, alors chargés de mission à la DATAR (respectivement depuis 1963 et 1970), et Marc Nizery, ancien collaborateur extérieur de la DATAR (de 1964 à 1978).

LES MEMBRES DU CERCLE
Le Cercle rassemble aujourd’hui 220 membres qui sont, ou ont été, des acteurs de l’aménagement du territoire. Ils sont actuellement anciens ministres, parlementaires, anciens délégués et directeurs à la DATAR, préfets, hauts fonctionnaires, présidents directeurs généraux et dirigeants de grands groupes industriels et d’établissements financiers, chefs d’entreprises de toutes tailles, membres de professions libérales, aménageurs locaux, commissaires à l’aménagement, à l’industrialisation ou à la reconversion, chargés de mission ou collaborateurs extérieurs de la DATAR.
Hommes et femmes de terrain, tous portent un intérêt particulier au territoire français, à son développement économique et à son aménagement. Ils gardent vif le souvenir du climat particulier de pragmatisme et d’efficacité dans lequel la DATAR a travaillé sans discontinuer depuis les années soixante et dont tous les partenaires de la Délégation ont été fortement marqués. Ils ont souhaité, en adhérant au Cercle, retrouver et entretenir ce climat et continuer à agir, dans le cadre du statut de l’association, sur les aspects territoriaux et spatiaux de l’évolution économique et humaine du pays. Ils considèrent que la pleine mise en valeur du territoire national et la recherche de la meilleure performance économique, dans le contexte européen et mondial du XXIème siècle, impliquent la répartition harmonieuse des activités et de la population sur le territoire, avec l’adhésion de l’opinion publique dans le pays tout entier.
Toutes les sensibilités politiques sont représentées dans le Cercle. Toutes les approches de la problématique de l’aménagement du territoire peuvent y être abordées. Sa crédibilité se fonde sur l’indépendance d’esprit et d’expression de ses membres, sur leurs compétences très diverses, leur expérience et l’élévation de leurs motivations.